Retour sur le trekking Vallée de Tsum


 Vallée de Tsum : Dans l’isolement d’une vallée du bonheur.

A l’est du Manaslu, la vallée de Tsum fait partie des Beyul Kuimolung, ces rares vallées promises au bonheur terrestre. A deux pas du Tibet, voyage aux confins d’un Népal tout de beauté simple et d’isolement.

Retour sur le dernier trekking au Népal de VISA TREKKING, du 07 au 26 octobre 2018.

Rédactionnel : Christian, accompagnateur en montagne, spécialiste du Népal avec la complicité d'Evelyne et Thierry pour les notes de leurs carnets de voyage. Crédit Photos : Christian Aubert, Thierry Blanquart et Evelyne Ozenne.

Remerciements à tous les participants pour leur confiance à vivre cette "aventure".

En 2014, au Larkya Pass (5100 m)
En 2014, au Larkya Pass (5100 m)

 Lundi 08 octobre 2018

 

Après un voyage aérien de nuit via Delhi, me voici pour la 15ème fois et pour mon 22ème trek au Népal.

Lors de mon dernier trek sur le tour du Manaslu, j’étais passé au pied de cette vallée suspendue qui part en direction du Tibet, la vallée de Tsum. A l’époque, j’avais envisagé une incursion au cas ou nous aurions été obligé de revenir sur nos pas, si nous n’avions pu franchir le Larkya pass. Dans tous les cas, je m’étais fais la promesse de revenir et de l’explorer.

 

 

Mardi 09 octobre 2018

 

J’ai toujours un grand plaisir à faire découvrir la capitale du Népal. Au programme de cette journée, le site de Pashupatinath (le Bénarès indouiste du Népal, avec ses sadhu) et celui de Bodnath (lieu le plus important du bouddhisme népalais avec son stupa du XIVème siècle). Quelques traces du séisme de 2015 mais sans plus. Nous en profitons pour rendre visite à la gompa ou séjourne habituellement Matthieu Ricard sans le voir. L’après-midi sera réservé à la préparation de notre trekking.

 


Mercredi 10 octobre

 

 

Nous partons pour une longue journée de bus en empruntant la Prithivi hight way, véritable cordon ombilical entre kathmandu et Pokhara, 2ème ville du Népal et distante de 230 km.

Après avoir parcouru une centaine de kilomètres, et oui on roule à gauche au Népal, nous franchissons la Trisuli river et nous dirigeons plein nord vers Gorkha. Dal-bath traditionnel pour le lunch puis continuation pour Balwa, point de départ de notre trek, situé au bord la Dharaudi Khola. J’ai choisi Balwa (et non Arughat) comme point de départ car cela nous permet de faire une variante de trois jours, avant de rejoindre l'itinéraire classique du tour du Manaslu et ainsi d’éviter un aller et retour sur le même itinéraire de deux jours à la fin du trekking.

Première nuit en lodge.

 


Jeudi 11, Vendredi 12 et samedi 13 octobre 2018

 

Ces trois journées, hors des sentiers battus, se situent non loin de l’épicentre du séisme de 2015. Nous découvrons des villages déjà bien reconstruits. Pas de trekkeurs dans cette zone, pourtant les villages sont beaux et les points de vue sur les différents massifs sont intéressants. La dernière des trois journées, au départ de Laprak, sera la plus longue journée du trek (8h de marche dont une interminable mais belle descente de 1500 m jusqu’à Khorla Besi).

Dimanche 14 octobre 2018

 

Nous voici sur le tour du Manaslu que nous allons emprunter durant deux jours. De nombreux convois de mules font des aller et retours jusqu’au pied du Larkya Pass point de passage obligé le plus haut du tour du Manaslu pour rejoindre le tour des Annapurnas. Mi piste, mi chemin pour arriver à Tatopani (eaux chaudes) puis dans l’après-midi à Jagat (le mur), point d'entrée réel dans la Manaslu Conservation Area. Beau chemin pavé et premier chorten. Jagat est un magnifique village aux maisons de pierre de l’ethnie Gurung. Courge, millet et maïs profitent de la basse altitude (1500 m) et de l’humidité pour pousser joyeusement dans les jardins. Jagat marque aussi la porte d’entrée du pays bouddhiste. Nous découvrons d’ailleurs ici le premier stupa du circuit, sanctuaire bouddhiste qui abrite parfois des reliques et qu’on appelle aussi chorten.


Lundi 15 octobre 2018

 

Après une ½ heure de marche, superbe vue sur le Shringgi Himal (7187 m). Remonter le long de la Bhudi Khola, (la rivière sacrée) en passant dans les beaux villages de Sallerie et Sirdibas. Nos premiers kani, que l’on peut trouver à l’entrée et à la sortie des villages. Ce sont des chörten en forme d’arche dont le plafond est souvent orné de mandalas et de représentation de déités. Ils servent à tenir à l’écart les esprits malfaisants. La partie supérieure est parfois en trois parties représentants le Rigum dönpo (les protecteurs des trois familles). Elles sont souvent en noir, rouge et blanc.

Dernière traversée pour finalement rester rive gauche et atteindre Philim, le village administratif de la région. Arrêt pour le lunch à Chiso Pani (eaux froides) avant d’arrivée à la confluence entre la Budhi Khola et la Syar Khola (la rivière de l’est). Les 50 km de la vallée de Tsum sont désormais juste au-dessus de nous. Le chemin se redresse rapidement, suivant en parallèle celui du Manaslu pour obliquer à droite et s’enfoncer dans la forêt ou pins himalayiens, rhododendrons géants et bambous se mêlent. Un peu plus haut, un groupe de trois ou quatre maisons marque l’entrée dans la vallée. C’est Lokpa (1900 m) où nous passerons la nuit.

La région de la Tsum est divisée en deux parties :

- La Tsum inférieure commence à Lokpa et s'arrête avant Chhokangpar. Elle comprend les villages ou hameaux de Lokpa, Ripchet, Chumling, Chumchet, Domje...

- La Tsum supérieure débute à Chhokangpar et va jusqu'aux trois cols menant au Tibet, le Thap la, le Ngu la et le Yangdol pass, tous à plus de 5000 m d'altitude. La communauté des Tsumpas (4500 personnes environ) vit en autarcie une grande partie de l’année.


La basse vallée de Tsum est fortement encaissée : gorges étroites, cheminement en « down-up », traversée de torrents … le paysage s’ouvre un peu plus en vue de Chumling. Le village de Ripche nous domine de quelques 110 m. Un grand escalier bien raide nous permet de l’atteindre assez rapidement.

Mardi 16 octobre 2018

Le village de Ripche est installé à 2450 m d’altitude sur un replat couvert de céréales, l’endroit est typique, nous avons vraiment pris pied dans la Tsum.


 

A l'extérieur de Ripchet, à 10 mn de marche, se trouve un petit temple nommé Pangdo gompa qui est dédié à Guru Rinpoché.

 

Il est ici entouré de ses deux principales disciples, la princesse Mandarava et Yéshé Tsogyal. Mandarava (à droite) sa première épouse, est appelée la dakini de Longue Vie car elle réalisa à ses côtés les pratiques de longue vie. Yéshé Tsogyal (à gauche) fut princesse de Karchen et épouse du roi Trisong Détsen qui « l’offrit » à Padmasambhava.

Elle devint l’une de ses deux principales parèdres et son héritière spirituelle.

 

Mercredi 17 octobre 2018

Toujours en balcon rive gauche puis en rive droite, le sentier nous mène aux quelques maisons de Domje. Traversée de la Syar Khola, d’une couleur vert émeraude, pour un arrêt lunch à Gho. Nous sommes accueillis par Tsenring didi. Son sourire radieux, sa joie de vivre et un grand sens de l’humour nous ont tous marqués (surtout les garçons). Elle semblait se moquer gentiment de tout jusqu’à l’aspect religieux et sacré qui imprègne la vie des habitants de la vallée. Ensuite, Ils nous faudra toute l’après-midi pour monter et franchir le verrou pour pénétrer dans la Tsum supérieure. Nous voici installé pour la nuit à Chhokangpar (Chokang Paro - 2950 m). Le logde est tout près du Mankhang du village où nous nous sommes invités à la cérémonie des femmes, qui se déroule le soir; à l’occasion de goûter au thé au beurre pendant qu’elles psalmodiaient les mantras ….

Jeudi 18 octobre 2018

 

Ce qui frappe le regard dans la haute vallée de la Tsum, c'est la présence du sacré sous toutes ses formes, qu'elles soient bouddhistes ou pré-bouddhistes. A partir de Chhokangpar, de multiples chörten solitaires ou en groupe de trois ou quatre, les kani ou chörten-porte, les mendang ou murs à mani (pierres gravées de mantra divers)...

Au dessus de Lama Gaon (monastère flambant neuf) nous visiterons le lieu où a médité Milarepa, yogi et poète tibétain devenu l’un des plus grands maîtres du bouddhisme au début du XIIe siècle; un temple y est accolé.


La grotte de Milarépa

L’ensemble (Piren Phu) Phurön phu (grotte du pigeon), l’endroit où a médité Milarepa, le grand yogi-poète, fondateur avec Naropa et Marpa, de l’école Kagyupa. En cet endroit, selon la légende, les dakinis (celles qui voyagent de l’espace) s’étaient transformées en pigeons blancs pour écouter le dharma de Milarepa et le nourrir.


 

Plus loin, nous ferons halte à Nilé (3360 m) pour passer la nuit. Demain, nous allons à Mu Gompa (la gompa du ciel), point haut de notre trek.

 


Vendredi 19 octobre et samedi 20 octobre 2018

 

Vu l’orientation de la vallée, le soleil arrive assez vite. Un peu plus de 2h de marche avec un début rive gauche puis un dernier pont nous permettra de passer rive droite avant d’arriver à Mu Gompa (3600 m). Nous sommes à quelques heures du Tibet et l’impression du bout du monde. Ultime cadeau de la Tsum, le monastère de Mu gompa ne laisse pas indifférent. Le lieu a du vécu, cela se ressent immédiatement. L'isolement est parfait. Selon le monastère de Kopan (situé à Kathmandu) dont il dépend, Mu gompa aurait été fondé en 1924 par un grand lama bouthannais, Sherab Dorje. Pendant douze ans, religieux et religieuses vivent dans le même monastère. Des chutes de neige abondantes étant interprétées comme un signe néfaste, Sherab Dorje bâtit en 1936 Rachen gompa à l'usage des religieuses. C'est un centre de méditation de lignée Drugpa Kagyu sous la tutelle des Gélougpa (Kopan). Un autre monastère existait avant celui-ci, plus à l'Est, de l'autre côté de la vallée.

L’après-midi, ceux qui le veulent se rendront à Dhephu Donma Gompa (3750 m) en 1h ½ en A/R, un monastère de nonnes, vraisemblablement le plus ancien de la vallée (plus de 500 ans). Point de nonnes, elles sont déjà descendues à Rachen Gompa.


Le lendemain matin, après le lever de soleil sur le Ganesh I (7422 m), nous assistons à la cérémonie dans la gompa Dans un lieu pareil, la cérémonie est un moment fort. Un des lamas allume un feu avec des branches de genévriers. Au moment où la fumée sort de la cheminée, les premiers rayons du soleil passent au-dessus des crêtes comme s'ils attendaient le signal. Feu et lumière, première purification du jour. Un moine nous a déjà appelé plusieurs fois avec le son de la conque qui résonne dans toute la montagne. Le rituel du matin va pouvoir commencer. A cette époque de l'année, il ne reste plus que quatre moines dans les lieux. Les autres sont partis à Kathmandu, au monastère de Kopan, non loin de Bodnath, là où il fait plus chaud. Mais cela est suffisant, les chants emplissent le temple entrecoupés des tintements des cloches et des cymbales, de la mélodie des gyaling et du grondement du tambour. Grâce aux mantras le temps se dilue en même temps que notre perception égotique et dualiste. Les mudra, ces gestes rituels complexes, finissent par nous hypnotiser. Tout n'est donc qu'apparence illusoire ? La journée se poursuivra par une balade facultative en direction de la frontière tibétaine sous les regard des yaks et des caprins (himalayan blue sheep « moutons bleus ») ou grands Bharals.

Dimanche 21 octobre 2018

 

Après deux nuits dans des conditions un peu spartiates, c’est le retour sur nos pas. Un détour pour une petite montée au dessus de Chule à son gompa (gonhgye, 1h A/R) d’où la vue sur la vallée s’avère extraordinaire. Chule, au milieu des champs d'orge, comprend une quarantaine de maisons construites de part et d'autre d'un torrent se jetant dans la Shar khola et reliées par un pont de pierre.

"À la limite de Phurwa et Chule se trouve un grand chörten dont la base carrée fait une douzaine de mètres de côté. Il a été construit pour protéger l'entrée d'une grotte située au dessus de la falaise et que l'on dit être un accès « aux enfers."

 


 

Après le lunch, nous nous installons à Lar, tout près de Rachen gompa et sa grande nonnerie. Le monastère de Rachen gompa semble désert. C'est une grande enceinte entourée des bâtiments de vie et de culte. Nous attendons que quelqu'un se manifeste sur la terrasse. Deux jeunes nonnes nous font entrer, nous laissant visiter les lieux.


Elles nous accompagnent ensuite et nous ouvre l'ancien temple. Comme dans l'entrée de chaque lhakhang (pièce de cérémonie), sous l'auvent, on trouve les quatre lokapala (gardiens des quatre horizons) et la roue de la vie ou du devenir. A l'intérieur, la présence, entre autre, de statuettes en argiles (environ 750) représentant toutes Chénzéri (Avalokitésvara) à 1000 bras et 11 visages, bodhisattva de la compassion, auquel est dédié le lhakhang.


Sur la photo de gauche sont représentés deux des lokapala. 

De droite à gauche :

 Virudhaka (protecteur du sud) est celui qui fait grandir. Il provoque une bonne croissance des racines. Il est le chef du vent. Son arme symbolique est l'épée qu'il porte dans sa main droite pour protéger le Dharma et son royaume, le continent sud . Associé à la couleur bleue.

Dhritarashtra (protecteur de l'Est). Il est celui qui défend le royaume de l'est et est dieu de la musique. Son arme symbolique est le pipa (instrument à cordes). Il est harmonieux et compatissant et protège tous les êtres. Utilise sa musique pour convertir les autres au bouddhisme. Associé à la couleur blanche.

 

Lundi 22 octobre 2018

 

Il nous faudra une grande ½ journée pour traverser ce haut plateau emprunter à l’aller et redescendre à Gho ou nous retrouvons avec plaisir Tsenring Didi pour le lunch. Ensuite, cela sera par la rive droite que nous rejoindrons Chumling (2350 m) pour aller passer la nuit dans un lodge à la cime du village.

Mardi 23, mercredi 24 et jeudi 25 octobre 2018

 

Trois derniers journées de marche pour rejoindre Araguat, terme de notre trekking.

Le premier jour, une ½ heure de descente pour traversée la Syar Khola et rejoindre le sentier, emprunter à l’aller, et franchir de nouveau les gorges qui nous sépare du de l’itinéraire du Tour du Manaslu. Grand plaisir de découvrir la présence de singes langur présents dans ce secteur forestier vers 1800 m. Nuit à Philim (1100 m). Une avant dernière journée qui tire en longueur pour rejoindre Korla Besi (950 m). Nombreux convois de mules et nombreux trekkers qui partent à l’assaut du tour du Manaslu … Petite journée de piste jusqu’à Soti Khola (700 m) avant de rejoindre les jeeps qui, en ¾ h, nous dépose à Aruguat, gros bourg Gurung. Ce dernier soir de trek, ce sera la traditionnelle fête avec l’équipe népalaise avant de rejoindre Kathmandu demain.

Vendredi 26 octobre - Retour à kathmandu

 

Première partie de piste (4h), avec de superbes vues sur les massifs des Annapurnas, du Manaslu, des Ganeshs et du Langtang avant de rejoindre la la Prithivi hight way jusqu’à Kathmandu. Nuit dans un lit très confortable … Le retour à la civilisation est bien apprécié …


Samedi 27 octobre et 28 octobre 2018

 

Après deux semaines passées en montagne, le retour à Kathmandu demande une réadaptation. Une dernière visite facultative à Swayambhunath, bien sûr puis à Durbar square, pour un retour au monde hindouiste. Temps libre pour achats de souvenir.

Et pour conclure ce séjour un farewell dinner in Kathmandu.

 

Le lendemain, vol retour pour Paris via Delhi, arrivée en fin d’après-midi.

 

Je n'ai qu'un désir, c'est d'y retourner ! Pourquoi pas avec vous ?

Au plaisir de partager ce Yatra (voyage en népalais) avec vous

Prochain départ du 06 au 27 octobre 2019